Piano, Erard. 1991.0372.01.

Souscription – acquisition du piano d’Isaac Strauss

La Ville de Vichy a lancé une souscription pour l’achat du piano historique d’Isaac Strauss, chef d’orchestre emblématique de la cité thermale au XIXe siècle. Ce piano Érard exceptionnel, restauré avec soin est actuellement à l’Opéra de Vichy, avant de prendre place dans le futur musée de Vichy, et pourra même résonner lors d’animations musicales !

L’histoire du piano d’Isaac Strauss

Le piano d’Isaac Strauss est un « grand modèle » Érard n° 18 865, en acajou de Cuba, possédant une étendue de clavier de 82 notes (6 octaves ¾ do-la). Il est sorti d’usine le 17 juin 1846 comme l’atteste le registre de fabrication :

Ce piano est exceptionnel dans sa catégorie et son état. Il a été acquis par Isaac Strauss en 1846 pour la rotonde de l’établissement thermal, qui était la salle de concerts et de bals construite à ses frais, consécutivement à son engagement comme « directeur des salons, bals et concerts » de l’établissement thermal au 1er janvier 1844. Elle a été inaugurée le 14 juillet 1846. On peut la considérer comme un chaînon intermédiaire entre le « salon » et la salle de concert ou de théâtre, qui préfigurera le Casino de Napoléon III en 1865.

Sa restauration

La descendance de la famille Charbonnier de Vichy, propriétaire du piano, a souhaité le restaurer et le mettre en vente. Sa restauration a été confiée à Vital Romet et sa fille (Rouen) titulaire d’un Diplôme des métiers d’Art de l’Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique. La restauration a été menée scrupuleusement. Les cordes posées, de fabrication Paullelo, en différents alliages, ont été calculées par rapport à leur charge sur la table d’harmonie. Les pieds ont été consolidés en respectant les techniques d’origine et des greffes ont été effectuées aux sabots des pieds.

Le Piano Érard

Érard est, avec Pleyel, le principal facteur de pianos français du XIXème et premier quart du XXème siècle. La firme a été fondée par Sébastien Érard, qui fournit ses pianos à Marie-Antoinette, Haydn et Beethoven, puis à la cour impériale (Joséphine, la reine Hortense, Marie-Louise). Il devient le fournisseur de la cour impériale de Russie et de la reine d’Angleterre.

Au début du XIXème siècle, sa facture est très influencée par le modèle anglais, après le séjour de Sébastien Érard à Londres durant lequel il y établit une fabrique de pianos et de harpes. Ses pianos comportent rapidement des évolutions techniques décisives, comme le système de répétition de la touche dit « double échappement », inventé en 1821, breveté en 1833 et généralisé dès lors à tous ses pianos à queue. En 1851, la prééminence d’Érard est consacrée par l’obtention de l’unique grande médaille pour les instruments de musique à l’exposition universelle de Londres.

Musicalement parlant, le piano Érard représente la tradition du jeu français « perlé » du clavecin puis du pianoforte par la finesse du toucher. La richesse des couleurs et l’équilibre sonore sont en partie dus au principe des cordes parallèles (et non croisées), tradition du pianoforte à laquelle la firme restera fidèle quasiment jusqu’à la fin.

Le piano Érard d‘Isaac Strauss se montre exactement adapté à sa fonction dans la rotonde de Vichy, tant par ses dimensions que par son acoustique.