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80 ans après...

80 ans après...
Stop au déni Français !

En juillet 1940, le gouvernement français s'installait à Vichy. 80 ans plus tard, l’actuel maire de la ville, Frédéric Aguilera (LR), prend la plume, le temps d’une tribune, pour rappeler l’État à la reconnaissance de sa responsabilité.

par Frédéric AGUILERA


Il y a 80 ans, Vichy devenait la capitale de l’Etat Français. Un fait doublement imposé : à l’Etat, par l’avancée allemande sur Paris ; aux Vichyssois, par le choix du gouvernement de s’implanter dans leur ville.

Depuis, l’Etat s’est chargé de laver son honneur en mettant à distance ses pires compromissions. Il n’a pas hésité à sacrifier la ville qui l’avait accueilli, alors même que le Général De Gaulle affirmait : « Vichy, qui n’eut point à choisir, de 1940 à 1944, son destin, ne saurait accepter d’être associée à la déchéance du gouvernement qui lui fut alors arbitrairement imposé.»

Vichy était une proie facile. Située loin des centres de décision et des enjeux du moment, la ville possédait – dans l’esprit des gouvernants – les atouts suffisants pour incarner la culpabilité de tout un peuple. Pour sauver les apparences et refonder la nation, la IVème République a écrit un récit historique dédouanant l’Etat.

Notre cité thermale est donc devenue la victime expiatoire d’une France vivant dans le déni autour d’un postulat simple : « C’était à Vichy donc ce n’était pas la France ».

Il faudra attendre les années 90, soit près de 50 ans, pour que l’Etat accepte enfin sa responsabilité dans la collaboration et la tragédie que fût l’extermination des juifs. L’acte fondateur, courageux, fût posé par le Président Chirac le 16 juillet 1995 : « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français ».

Et pourtant, le déni persiste. Le nom de Vichy reste associé à la honte française. Depuis plus de 40 ans, pas un seul Président en exercice n’a visité Vichy. Aucun Président de la Vème République dans le cadre d’une visite mémorielle. Cette indifférence traduit un vrai mépris à l’égard d’une population chargée d’endosser seule le fardeau d’une histoire nationale.

Il est grand temps que cela cesse. Grand temps que la France regarde son histoire en face et remplisse son devoir de mémoire sur la période 1940-1945. A cet égard, l’affirmation claire et systématique de la responsabilité de « l’Etat Français et de son gouvernement » et non du « Régime de Vichy » serait une avancée bienvenue.

A Vichy, nous n’avons pas peur de mener le combat du devoir de mémoire.

Dans le cadre de notre candidature transnationale pour une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, nous allons créer un vaste espace muséographique doté d’un centre de recherche pour raconter les 2000 ans de notre histoire prestigieuse. La période de l’occupation y occupera une place prépondérante. Le rôle exact joué par les autorités françaises y sera expliqué.

Nous prendrons donc notre part. A l’Etat, maintenant, de prendre la sienne. Car il est inenvisageable que nous portions seuls cette mission pour le compte de la nation. Je demande solennellement à l’Etat de nous accompagner dans cette démarche, et de reconnaître enfin le statut de victime de notre ville injustement marquée au fer rouge depuis 80 ans.

Jacques CHIRAC rappelait : « Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. (...) Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions ».

Oui, il faut trouver les « mots justes pour rappeler l’horreur » car il n’est pas d’avenir serein sans passé assumé. Mais la France aura-t-elle le courage d’en finir avec son déni ?

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